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Carnet de création 5 — Les Lasagnes du canapé

Photo du rédacteur: Nadja
Nadja
7 oct.
2 min de lecture

Dernière mise à jour : 8 oct.



Ou comment trois feuilles de lasagne, expulsées d’une recette, finirent par en devenir indispensables.

Tout commença par un chou blanc.

Il était posé sur une planche et la question était d’une banalité rassurante : fallait-il le blanchir avant de le cuire ?


Non.


On décida plutôt de l’émincer et de le faire entrer dans une sorte de bolognaise sans pâtes. Les pâtes, ce soir-là, avaient été officiellement virées du canapé.


Dans une marmite, un peu d’huile de noix accueillit un oignon, puis un poivron taillé en lanières. Vinrent les tomates fraîches, l’ail, le bouquet garni, une retenue de piment d’Espelette et un demi-cube de bouillon de légumes. Environ 200 g de viande hachée rejoignirent l’affaire. Un peu d’eau empêcha le fond d’accrocher.

Puis le chou blanc, coupé en lanières, entra dans la marmite pour une dizaine de minutes.


Tout aurait parfaitement pu s’arrêter là.


Mais il y avait des lasagnes au frais.

Six feuilles. On en préleva trois.


Elles furent découpées en longues bandes et réintégrées au canapé. Dix à douze minutes de cuisson directement dans la sauce leur suffirent pour devenir souples, irrégulières, presque semblables à de larges pâtes fraîches.

À la fin, trois bonnes cuillères à soupe de double concentré de tomate vint renforcer la sauce.

On mélangea délicatement, on coupa le feu, puis on ajouta du persil et du poivre sauvage.

Et on laissa reposer.


C’est pendant ce repos que la petite mécanique secrète du plat acheva son travail : les lasagnes burent le jus et libérèrent suffisamment d’amidon pour donner à la sauce cette texture étonnamment soyeuse. Les pâtes devinrent fondantes. Le chou, lui, conserva de la mâche. Presque al dente.


Au moment de servir, inutile d’en faire une montagne : environ 150 g suffisent pour avoir un peu de tout dans l’assiette — chou, viande, poivron, pâte et cette sauce qui s’est fabriquée presque toute seule.


Et la photographie de l’assiette ?


Il n’y en a pas.


La cuisinière l’a mangée avant d’y penser.

C’est probablement la meilleure critique gastronomique que cette recette pouvait

recevoir.


Le thé qu'il accompagne — Rubis Golden Népalais


Une légère attaque maltée pour tenir tête au soyeux de la sauce, puis assez de finesse pour les vivre le chou, le poivron et les épices. Un thé avec de la présence sans jamais prendre toute la place. Et j'aime particulièrement cet accord parce qu'il ressemble à la recette : improbable sur le papier, évident une fois en bouche.



N.L.L.

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